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Neurobiologie et addictions

Benoît Fouché
Médecin, sophrologue, président de la Société Française de Sophrologie


La Neurobiologie et sa description des circuits neuronaux et des manifestations comportementales influencent aujourd'hui et de plus en plus notre travail sur le psychisme humain.

Questions d'épistémologie... et modélisation

La Neurobiologie est le discours justificatif des thérapies cognitives et comportementales, mais aussi des classifications symptomatiques des « troubles mentaux » que nous connaissons sous le terme DSM III et DSM IV (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders).

Mais, il faut d'emblée la replacer dans l'histoire de la médecine et dans l'évolution de nos sociétés occidentales pour ne pas faire de la Neurobiologie une nouvelle religion qui dit la vérité de manière dogmatique.

François Jacob, Prix Nobel 1965 de Physiologie et de Médecine pour ses travaux sur la génétique, dit clairement dans son livre « La Logique du Vivant » (Ed. Gallimard 1970, p. 24) : « Comme les autres sciences de la nature, la biologie a perdu aujourd'hui nombre de ses illusions. Elle ne cherche plus la vérité. Elle construit la sienne. La réalité scientifique apparaît comme un équilibre toujours instable ».

Il n'est, en effet, de science que dans et par une construction théorique confrontée à l'expérience et sans cesse susceptible d'être remise en cause par de nouvelles expérimentations.

Notre génération - c'est-à-dire celles et ceux qui ont entre 50 et 70 ans actuellement - a eu grandement tendance à ériger la métapsychologie freudienne comme ayant énoncé des vérités définitives sur la formation du psychisme humain, et à énoncer les découvertes de Freud comme des dogmes qui ne peuvent pas être mis en doute et surtout jamais interrogés sur les conditions historiques de leur construction.

Il y a rarement un questionnement épistémologique sur les présupposés théoriques des grands systèmes de la métapsychologie freudienne : 1ère topique, 2ème topique, narcissisme, complexe d'Œdipe.

Il ne faudrait pas que la Neurobiologie devienne le nouveau dogme de la génération suivante. Certes, lentement les énoncés de la Neurobiologie et des méthodes comportementales se substituent aux principes et aux méthodes de la métapsychologie freudienne. Mais, il ne me paraît pas souhaitable qu'à la dogmatique freudienne succède la dogmatique neurobiologique.

En effet, il n'est de science que construction de modèles (c'est-à-dire de schémas explicatifs ou au moins descriptifs) à partir d'une théorie, c'est-à-dire de postulats et d'hypothèses.

Et nous ne pouvons regarder, nous psychothérapeutes, la Neurobiologie que comme une architecture du psychisme humain construite sur les expérimentations de la biologie encadrées par des concepts théoriques ; nous allons ainsi parler :

  • de l'idée de milieu intérieur élaborée par Claude Bernard ;
  • du modèle de l'arc réflexe élaboré à partir des « préparations animales » en laboratoire au 19ème siècle ;
  • de la circulation électrique appliquée à la chimie des cellules et mesurée comme une différence de potentiel à travers la membrane cellulaire ;
  • autre application de la chimie des cellules : les récepteurs membranaires (avec leurs agonistes et leurs antagonistes).

La modélisation du psychisme humain que nous propose la Neurobiologie va prendre place à côté d'autres modélisations :

  • la modélisation de la métapsychologie freudienne ;
  • la modélisation de la psychiatrie phénoménologique ;
  • la modélisation de la tradition du yoga, prolongée par la psychologie humaniste avec ses trois étages fonctionnels (l'Intellect, l'Affectif et l'Instinctivo-moteur).

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Les Trois Cerveaux

Le modèle le plus classique de la Neurobiologie et que nous connaissons tous est le modèle des Trois Cerveaux énoncé par Mac Lean en 1975. Il faut lire le commentaire qu'en fait Jean-Didier Vincent, professeur de neurophysiologie à Bordeaux, dans son livre « Biologie des Passions » (Ed. Odile Jacob-1986).

« Les Trois Cerveaux sont un modèle mécaniste simplifié », nous dit-il, car « distinguer un cerveau cognitif et un cerveau émotionnel est une impasse : le passionnel et le cognitif sont toujours coextensifs ». L'intérêt du propos de Jean Didier Vincent, c'est qu'il expose la description du psychisme par les Neurosciences, non comme des vérités dogmatiques dont on ne peut douter, mais comme des outils pratiques et transitoires qui dépendent des méthodes d'investigations scientifiques qui règnent à une période donnée.

Ce modèle des Trois Cerveaux reste opératoire et nous permet de décrire, à travers les circonvolutions cérébrales, ce que Jean-Didier Vincent appelle le comportement passionnel. Or, nos addictions sont un comportement passionnel.

Les Trois Cerveaux sont :

  • le cerveau pulsionnel ou reptilien,
  • le cerveau limbique ou sentimental,
  • le cerveau des représentations imaginaires ou verbales et de la commande volontaire ou néocortex.

1. Le cerveau pulsionnel ou reptilien

Le cerveau reptilien comprend :

  • la formation réticulée du tronc cérébral
  • les noyaux gris centraux :
    • le noyau caudé est situé au dessus du thalamus,
    • le striatum comprenant le putamen et le pallidum est situé en regard du thalamus dans la circonvolution externe,
    • La substance noire (« locus niger ») et le corps de Luys sont en dessous du thalamus.
  • et l'hypothalamus, à la base du cerveau, chef d'orchestre des équilibres internes du corps.

La formation réticulée joue un rôle dans l'éveil du sujet. Les voies sensorielles (les sens : la vue, le toucher, l'audition…) montent du corps et passent à travers la formation réticulée vers le cerveau perceptif (le néocortex). La formation réticulée transforme ces informations sensorielles en un tonus d'éveil qui vient éclairer et réveiller le cerveau perceptif, c'est-à-dire ce que nous appelons dans notre langage sophrologique la conscience témoin.

Nous pourrions dire que le travail sophrologique d'éveil des sensations corporelles utilise la formation réticulée et cette manière proprement animale d'être aux aguets sur le monde qui est le propre du cerveau reptilien.

Le striatum « intervient dans les comportements caractéristiques de l'espèce, aussi bien dans les postures que dans les actions : choix de territoire, chasse, fabrication du nid, défense des petits» (J.D.Vincent op. cité, p.133), ceci chez l'animal où ces comportements sont uniquement instinctifs. Chez l'homme, la défense du territoire et des petits fait appel à des structures imaginaires et à des décisions conscientes et pas seulement à des actions automatiques.

Chez l'homme le striatum commande la posture et le démarrage de l'action. Le déficit de fonctionnement du striatum se traduit par la difficulté à démarrer un mouvement et le caractère figé de l'activité motrice (akinésie) que l'on rencontre dans la maladie de Parkinson.

L'hypothalamus est une petite région à la base du cerveau qui régule tous nos organes (le cœur, les poumons, la thyroïde, les reins) et donc maintient le volume du sang, la température, la tension artérielle, la composition chimique du sang... Il est le cerveau du milieu intérieur dont nous allons reparler et maintient donc la vie dans ses bases biologiques.

Pour maintenir le fonctionnement des organes (cœur, poumons, intestin, reins...), l'hypothalamus agit par l'intermédiaire du système neurovégétatif : le système sympathique (dont le médiateur est l'adrénaline) est plutôt excitateur et le système parasympathique (dont le médiateur est l'acétylcholine) est plutôt ralentisseur.

Pour maintenir les constantes biologiques, l'hypothalamus agit par l'intermédiaire des hormones : hormones thyroïdiennes, hormones corticoïdes, hormones sexuelles.

Ce cerveau pulsionnel joue un rôle premier dans le comportement compulsif de l'addiction ; nous le verrons plus bas avec le rat de plaisir.

Cette expérience du rat de plaisir montre que le comportement compulsif et comme insatiable de l'addiction consiste en une stimulation auto-entretenue du centre du plaisir qui se trouve dans l'hypothalamus latéral, en sachant que, dans les classifications neurologiques (cf. Laborit, op.cité,p.19), ce centre du plaisir fait parti du « faisceau de la récompense » qui appartient surtout aux structures limbiques.

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2. Le Cerveau Sentimental

Le système limbique « rassemble des structures situées sur la face interne des hémisphères cérébraux et dessine une sorte de limbe autour des noyaux gris centraux du cerveau » et surtout autour du thalamus.

« D'une anatomie compliquée, nous ne retiendrons que son aspect en anneau de clé ouvert, vers le haut, sur les formations néocorticales, et, vers le bas, sur le tronc cérébral » (J.D.Vincent, op. cité, p.134).

A la base se trouve l'hypothalamus. Au sens strict, c'est l'hypothalamus latéral qui pour des raisons fonctionnelles (cf. plus bas « centre du plaisir ») fait partie du système limbique.

Vers l'avant se trouvent les tubercules olfactifs, le noyau accumbens, l'amygdale et le septum.

En haut, sous les circonvolutions corticales se trouvent le cingulum et le gyrus cingulaire.

Le thalamus est donc au centre et dans la partie haute de cette zone centrale délimitée par la circonvolution du système limbique : mais ce n'est que le noyau antérieur du thalamus qui fonctionnellement appartient au système limbique.

La circonvolution la plus interne du système limbique, celle qui entoure directement le thalamus est constituée, à l'avant, par les corps mamillaires, au dessus, par le fornix, à l'arrière, par le pulvinar et, en dessous, par l'hippocampe et le gyrus hippocampique.

Le système limbique est ainsi un groupe de structures du cerveau jouant un rôle très important dans le comportement et en particulier dans diverses émotions comme l'agressivité, la peur et l'élan vers le plaisir ainsi que la formation de la mémoire.

C'est Henri Laborit qui dans son livre « L'inhibition de l'action » (Ed. Masson- 1986) a le mieux analysé le rôle des structures du système limbique dans la mémoire, l'apprentissage et l'affectivité ou la vie émotionnelle.

Il insiste sur « l'importance de la mémoire et de sa conséquence, l'apprentissage, dans la totalité des processus psychiques à la base des comportements ».

« Les instincts font partie des pulsions hypothalamiques » nous dit-il. Et il ajoute: « de nombreux processus psychiques considérés comme innés ou instinctifs sont, en réalité, le résultat d'apprentissage... Le nouveau-né ne semble pas encore éprouver ni l'amour, ni la haine, ni même la peur et l'angoisse. La peur et l'angoisse ne peuvent provenir semble-t-il que de l'apprentissage de l'existence de dangers, c'est à dire d'événements survenant dans le milieu et pouvant avoir une incidence nociceptive » (Laborit, p.53 op. cité).

« L'émotion dépend toujours d'une expérience antérieure et fait appel à un processus de mémoire » (p.53).

Henri Laborit (p.37, op.cité) distingue de manière classique :

  • une mémoire immédiate,
  • une mémoire à court terme (MCT),
  • une mémoire à long terme (MLT).

« Le système limbique possède un aspect frappant qui est l'existence de nombreux circuits fermés et rétro actifs » ( p.37, op.cité). Ce sont les circuits réverbérants.

« Les lésions bilatérales des corps mamillaires dans le syndrome de Korsakoff alcoolique avec dysmnésie des faits récents est connue. Il y a conservation de la mémoire immédiate. La mémoire immédiate ne nécessite pas l'intégrité des systèmes hippocampo-mamillaires. Il en est de même dans les lésions du fornix ».

« La mémoire à court terme est liée à la conservation pendant un certain temps de l'activité électrique, alors que le stimulus primaire s'est éteint, et ceci dans les circuits de l'hippocampe et du septum ».

« La mémoire à long terme paraît se consolider dans le cortex cérébral de façon diffuse » (P.37, op. cité).

« L'information stockée dans la MLT doit être transférée à nouveau à la MCT pour devenir agissante ; il y a alors remémoration des circuits réverbérants du système limbique ». (p. 40, op.cité).

La loi fondamentale de ce modèle neurobiologique est selon H.Laborit : " Toute émotion semble obligatoirement liée à un processus de mémorisation affective » (p.54, op.cité).

Et il faut connaître les circuits de cette mémorisation affective pour comprendre que c'est le fonctionnement même du cerveau limbique qui rend possible la dépendance psychique à une drogue ou à une addiction. Pour sortir de la dépendance psychique, installée dans les circuits réverbérants du système limbique, il va falloir fabriquer d'autres mémoires affectives. Ce peut être le rôle de la Sophrologie.

AM = Amygdale / NA = Noyau Accumbens
GYRUS HIPP = Gyrus hippocampique / OLF.B.= Bulbe olfactif
Hipp = Hippocampe / P = Pulvinar
M = Corps mamillaires / ThA = Thalamus antérieur

Et l'expérimentation à partir de lésions anatomiques très focalisées chez l'animal détermine que :

  • l'amygdale est impliquée dans l'agressivité et la peur,
  • le noyau accumbens gouverne l'adaptation à de nouvelles situations,
  • l'hypothalamus latéral héberge le centre du plaisir.

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3. Le Néocortex

Pour exposer l'anatomie et les fonctions du cortex cérébral, c'est-à-dire l'écorce de l'encéphale, la partie la plus externe de l'encéphale et la dernière née de l'évolution qui marque l'apparition de l'homo sapiens, nous reprenons la lecture du livre de J.D. Vincent, « Biologie des passions ».

« C'est le néocortex qui fait l'homme avec l'extraordinaire développement des aires spécialisées dans la réception des messages venus du monde extérieur et la commande des mouvements. Ce sont, d'une part, les aires réceptrices reliées aux organes des sens et aux récepteurs des différentes sensibilités du corps et, d'autre part, les aires motrices principales ou supplémentaires avec leur clavier correspondant au déplacement des différents segments du corps » (J.D. Vincent, op. cité, p.136).

« Le néocortex ne peut pas être réduit à la juxtaposition de régions motrices et réceptrices. Il existe des aires associatives, dont la dénomination suggère qu'elles ne peuvent fonctionner seules, mais associées aux précédentes ».

« Le cortex préfrontal est la plus récente des formations néo-corticales qui atteint son développement maximal chez l'homme. Le cortex préfrontal intervient principalement dans l'organisation temporelle des comportements avec une fonction à la fois rétrospective et anticipatrice qui permettrait la préparation du mouvement selon un certain nombre de contingences fournies par l'expérience passée ».

« Dans le lobe pariétal, à proximité des aires somesthésiques, il existe des neurones qui jouent un rôle dans la prise de décision, probablement en fonction de l'intégration des données perceptives fournies par les aires réceptrices. De même, dans le lobe temporal, des régions contribuent à donner aux signaux visuels leur signification affective » (J.D. Vincent, op. cité, P.137-138).

« Une pomme nous permettra d'illustrer les différentes interventions du néocortex. Une pomme est posée sur la table. Mon cortex occipital la voit . Mon cortex temporal associatif dit : " Elle a l'air bonne ". Mon cortex pariétal associatif conclut : " Je vais la manger ". Mon cortex préfrontal dit alors : " Je vais la porter à ma bouche et la croquer », ce que fait mon cortex moteur, sous contrôle vigilant de mon cortex somesthésique. Et tout mon cerveau se régale ! » (J.D. Vincent, op. Cité, p.138). Le sophrologue doit connaître ces mécanismes de la représentation et de la préparation à l'action quand il fait travailler un sophronisant sur son imagination active par exemple en sophro-acceptation progressive.

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De l'homme neuronal à l'homme humoral

Nous avons jusqu'ici localisé les différentes activités psychiques dans des centres disposés les uns par rapport aux autres et reliés par des câbles (« faisceaux » en termes neurologiques) qui fonctionnent selon le mode du circuit électrique.

C'est une physiologie neuronale qui sur le versant de son explication mécaniste fonctionne selon la physique de l'électricité et du côté des manifestations humaines ne s'intéressent qu'aux émotions, c'est-à-dire à des actions-conduites. « L'idéologie neuronale » (la formule est de J.D. Vincent) ne peut se passer de mouvement et ne s'intéresse pas à la vie subjective intérieure, au monde des humeurs et des passions. Et c'est bien le cas des thérapies comportementales et cognitives.

Mais la science a su rendre compte des humeurs en élaborant une chimie des substances hormonales et neuronales qui circulent entre les différents organes et les différents centres cérébraux.

« L'idéologie humorale » n'a pas les mêmes compartiments de base que l'idéologie neuronale. La chimie des hormones commence avec Claude Bernard et est basée sur la notion de milieu intérieur.

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Le milieu intérieur

Le milieu intérieur vient assurer l'unité biologique de l'animal et lui conférer son autonomie par rapport au milieu extérieur. L'existence d'un milieu liquidien faisant le lien entre les différentes cellules est indispensable au fonctionnement d'un organisme animal. Les cellules puisent dans ce milieu les matériaux nécessaires à la vie et y rejettent les produits de leur sécrétion. Le milieu intérieur est un espace liquidien qui est occupé par de l'eau : l'eau qui baigne les cellules (compartiment interstitiel) et l'eau qui circule sous forme de plasma sanguin (compartiment circulant). L'eau contenue dans l'ensemble des cellules constitue le compartiment intracellulaire et ne fait pas partie du milieu intérieur ; on pourrait dire que c'est l'espace le plus intérieur du milieu intérieur.

Le milieu intérieur sert d'espace de diffusion et de circulation aux différents messagers chimiques. On oppose les messagers d'origine nerveuse et ceux d'origine endocrine.

Le milieu intérieur est un océan, d'ailleurs salé (contenant du NaCl et bien d'autres minéraux), qui baigne les organes. Nous mesurons dans le liquide plasmatique les paramètres biologiques : ph, glycémie, cortisol, hormones thyroïdiennes. Ce sont les constantes du milieu intérieur. Les hormones (hormones thyroïdiennes, cortisol, insuline…) sont secrétées par les glandes endocrines et jouent un rôle premier dans l'équilibre de l'organisme et dans le bien-être de l'individu. Ce sont donc bien les hormones qui sont perturbées dans les états d'intoxication et dans les états de sevrage.

Les organes (le poumon, le foie, le cœur, le rein, la thyroïde...) ont pour rôle de ramener ces paramètres à l'équilibre. C'est l'homéostasie métabolique.

Il est classique de dire que : « Le milieu intérieur a permis à l'animal de sortir de sa dépendance de l'eau et de la terre, au cours de l'évolution ».

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Le milieu cérébral

Le milieu cérébral est un espace liquidien qui entoure les cellules nerveuses du cerveau. Il s'est surtout développé chez l'homme. Des flux de neurotransmetteurs (acétylcholine, dopamine, noradrénaline, sérotonine) et neurohormones (lulibérine, ocytocine, angiotensine) traversent ce milieu où ils créent des humeurs et des désirs qui se traduisent par un comportement.

Il est important de comprendre que nous ne pouvons pas identifier une humeur à une neurohormone. Il est absurde de dire que la sérotonine est l'hormone de la sérénité ou que l'adrénaline est l'hormone de l'angoisse. Un état d'humeur naît d'une combinaison de neurohormones qui agissent sur un faisceau de centres cérébraux. Le désir est un état de déséquilibre dans l'économie des humeurs.

Le comportement (passage à l'acte) et la satisfaction du désir permettent de revenir à l'équilibre. C'est l'homéostasie des humeurs.

Le milieu intérieur est séparé du milieu cérébral par la barrière hémato-encéphalique.

Les neurohormones actives dans le milieu cérébral (dopamine, sérotonine, noradrénaline) ne vont pas dans le milieu intérieur ; donc leur dosage dans le plasma n'est pas significatif de leur action sur les humeurs. La dopamine, la sérotonine et la noradrénaline du plasma proviennent d'une origine périphérique et non pas du cerveau.

L'hypotalamus est un pont entre ces deux milieux, mais il n'est pas coupé par la barrière hémato-encéphalique. La lulibérine, secrétée par l'hypothalamus, peut agir sur le cerveau et les organes sexuels en étant secrétée en un seul endroit.

Nous ne pouvons nous passer de l'étude de ces substances - neurohormones et neurotransmetteurs - pour comprendre le comportement d'addiction qui est une forme du comportement passionnel.

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Le comportement passionnel

L'homme comme animal est la proie des passions : passion amoureuse et sexuelle, boulimie, accumulation d'objets...

Chez le rat, l'injection d'une substance dans un lieu précis du cerveau déclenche des séquences comportementales très stéréotypées qui sont du domaine de l'instinct.

La lulibérine injectée dans l'hypothalamus déclenche chez le rat un comportement sexuel complet, depuis les travaux d'approche jusqu'à la consommation de l'acte. L'explosion finale du coït s'accompagne d'une libération d'endorphines qui entraînent la satiété sexuelle et l'arrêt du comportement.

La lulibérine, chez l'homme, n'agit pas seule. Elle est nécessaire au comportement sexuel, mais ne saurait être considérée comme l'hormone du désir amoureux. Le comportement sexuel chez l'homme suppose que la lulibérine, mais aussi la dopamine et la noradrénaline, éveillent les structures du système limbique et du cortex. Donc, la séquence comportementale est commandée par le cerveau dans son ensemble :

  • montée d'un état d'humeur et de désir au sein du système limbique,
  • représentation mentale de l'objet désiré dans le cortex pariétal associatif,
  • motricité et passage à l'action grâce à un flux nerveux qui descend du cortex moteur et va mobiliser les muscles par la voie du système nerveux périphérique,
  • satisfaction et retour à l'équilibre au sein du système limbique et de l'hypothalamus.

La lulibérine agit chez l'homme aux deux étages :

  • le milieu cérébral pour déclencher le désir et l'acte ;
  • le milieu intérieur pour stimuler la sécrétion des hormones sexuelles.

Chez l'homme, la même substance intervient dans le mécanisme comportemental et métabolique.

Nous avons exposé l'action d'une de ces neurohormones pour nous centrer sur la dopamine qui a put être considérée, abusivement, comme l'hormone du plaisir, alors que du point de vue expérimental, elle est nécessaire mais non suffisante pour avoir un vécu de plaisir.

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Un rat de plaisir ivre de dopamine

C'est l'expérimentation animale fondamentale qui rend compte du mécanisme cérébral de l'addiction, pour l'instant chez le rat. L'art du scientifique sera, ensuite, de le transposer chez l'homme où il existe des niveaux d'intégration plus complexes dont le modèle des trois cerveaux rend compte.

Je cite le chapitre « Neurologie des addictions », dans l'ouvrage : « Stress, pathologies et immunité » sous la direction de J.M. Thurin et N. Baumann (Flammarion, 2003) :

« L'étude du système de récompense dopaminergique a été réalisée en premier lieu par Olds et Milner en 1954. L'hypothèse de base fût celle de l'existence dans le cerveau d'un système dont la stimulation produirait une satisfaction cérébrale. Un rat, auquel on avait implanté une électrode capable de délivrer de faibles quantités de courant électrique dans des régions du système limbique, se mettait , au bout de quelques expériences, à appuyer sur une pédale pour se stimuler lui même. Le résultat des décharges électriques était le plaisir, le rat étant capable d'appuyer jusqu'à 100 fois par minute, en négligeant nourriture et sommeil.

Les comportements d'autostimulation de la région limbique, observés chez les animaux de laboratoire, désignent le système limbique comme une des aires corticales capables d'expliquer les processus addictifs. La neurotransmission dopaminergique est responsable de la transmission de ces informations (toute substance psycho-active augmente les transmissions dopaminergiques) ».

La dopamine est secrétée, dans le tronc cérébral, essentiellement dans la substance noire (Locus Niger) et stimule :

  • les noyaux gris centraux et surtout le striatum qui commande le système extrapyramidal et donc l'initiation du mouvement et sa fluidité ( cf. plus haut le déficit en dopamine dans la maladie de Parkinson),
  • le noyau accumbens dont l'intégrité est nécessaire pour s'adapter au changement de situation,
  • le cortex frontal qui lui aussi a besoin de stimulation dopaminergique pour se représenter les objets.

PRODUCTION DE LA DOPAMINE PAR LA SUBSTANCE NOIRE ET PROJECTION DE DOPAMINE SUR LES STRUCTURES LIMBIQUES ET LES NOYAUX GRIS CENTRAUX

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Le comportement compulsif du toxicomane et le système dopaminergique

Le système de récompense dopaminergique peut fonctionner de manière harmonieuse.

La dopamine provoque :

  • à partir de l'hypothalamus, des sensations de plaisir dans le milieu intérieur et les organes.
  • à partir des noyaux gris centraux, le passage à l'action.
  • dans le noyau accumbens, la capacité d'adaptation aux nouvelles situations.
  • dans le cortex frontal, les représentations et les souvenirs liés à l'expérience du plaisir.

C'est là l'expérience du plaisir avec satisfaction et retour à l'équilibre.

Le système de récompense dopaminergique peut fonctionner de manière explosive sous l'effet de la drogue. Les centres dopaminergiques sont alors surexcités, provoquant :

  • à travers l'hypothalamus, une surexcitation de l'organisme.
  • à travers les noyaux gris centraux, une hyperactivité compulsive.
  • dans le cortex préfrontal, une surexcitation des idées et des images jusqu'au délire hallucinatoire.

C'est l'explosion de la jouissance qui est suivie d'une dépression et de la recherche d'une nouvelle explosion.

Ainsi le modèle neurologique nous permet-il de rendre compte du comportement compulsif du toxicomane.

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Réalisation: Christine Varnière
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