Table des matières

Le type de relaxation

Une expérience clinique de relaxation psychogène

Méthodologie, étude comparative

  1. Quand la relaxation est entreprise avant la première perfusion
  2. Significativité statistique des résultats
  3. Quand la relaxation est mise en oeuvre au cours du traitement

Autres aspects pratiques

  1. Relaxation et douleur
  2. Autres usages

La question du placebo

  1. L'effet placebo relève de la suggestion
  2. Le concept de placebo, placebo et non-placebo

Gérard Thouraille
Kinésithérapeute, Philosophe, Sophrologue.


LE TYPE DE RELAXATION

Il s'agit d'une relaxation psychogène concernant des patients atteints de cancers hématologiques. Toujours personnalisée elle développe un discours lent, fluent, dense, qui s'appuie sur des temps de silence parfois assez longs et comporte aussi des répétitions. Ce langage relaxant est appelé terpnos logos par les sophrologues. Cette relaxation est une forme de "sophronisation" (relaxation de type sophrologique) et, plus précisément, une "sophronisation de base". L'expression doit être bien comprise. Il ne s'agit pas de séances qui seraient sommaires, rudimentaires ou incomplètes. La base c'est le fondement, l'assise, l'origine. La sophronisation de base induit des changements fondamentaux en termes d'états de conscience (qu'elle modifie) et de niveaux de vigilance (qu'elle abaisse). Ce mode de relaxation fait aussi appel à l' " acceptation progressive " qui consiste à amener le sujet, au fil du discours relaxant et au fil des séances, à accepter une situation incontournable comme un handicap ou une maladie. Dans le contexte lourd de l'oncologie, la relaxation inclut un aspect d'acceptation de la maladie et du traitement de la maladie.

Mais cette relaxation ne coïncide pas strictement avec la sophronisation telle qu'elle fut codifiée par l'école sophrologique autour de Caycedo. En effet nos séances comprennent assez souvent des moments de concentration sur des formules mentales inspirées du training autogène. Ce point mérite une explication. Nous ne cherchons aucunement à réaliser (au prix d'une double trahison) une synthèse floue, un amalgame douteux sophrologie/training. Il s'agit au contraire de se recentrer sur les fondements de la relaxation psychogène. Après des années de pratique et de réflexion, dans un cadre pathologique où la relaxation n'a rien d'un exercice de style, il nous semble possible et utile d'intégrer au sein d'une même approche deux dimensions essentielles :

  • Celle du terpnos logos avec la plénitude des mots et la densité existentielle des paroles
  • Celle de la représentation concentrative d'une formule mentale.

Le mérite initial d'avoir développé le premier aspect revient à l'école sophrologique. Le second versant fut exploré par J.H. SCHULTZ avec son training autogène. Contrairement à certains orthodoxes des deux méthodes, nous pensons que le terpnos logos et la concentration de type schultzien ne sont pas incompatibles à l'intérieur d'une même pratique et d'une même séance. Le déroulement du terpnos logos n'exclut pas des phases silencieuses d'idéation d'une formule langagière (qu'il s'agisse ou non des formules originelles du training). On peut être fidèle à SCHULTZ en observant ses prescriptions à la lettre. On peut aussi, et tout autant, lui être fidèle en retrouvant l'authentique esprit de sa méthode centrée sur le rapport idéatif autogène du sujet à la formule présente dans son champ de conscience. Il s'agit de se détendre en pensant à une idée et non de se crisper sur une idée. Cette concentration passive s'intègre efficacement dans une sophronisation lors de l'approfondissement de la relaxation en fin de séance.

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UNE EXPÉRIENCE CLINIQUE DE RELAXATION PSYCHOGÈNE

L'étude qui suit renvoie à une expérience clinique de plusieurs années en Oncologie hématologique. Cette pratique se déploie selon trois axes principaux :

  1. Une relaxation s'adressant à des malades longtemps hospitalisés (leucémiques aigus, allogreffés de moelle osseuse, etc.). En lui faisant prendre conscience de son propre vécu corporel sur le mode de la détente psychosomatique, cette sophronisation se propose d'accompagner et d'aider la personne dans une période difficile de son existence.
  2. Une relaxation s'adressant à des sujets algiques présentant des douleurs sévères. En induisant une substitution sensorielle la relaxation vise ici à amortir la résonance existentielle de la douleur.
  3. Une relaxation s'adressant à des sujets traités cycliquement par chimiothérapie. Il s'agit en premier lieu de les détendre et de les aider à mieux vivre les séances de perfusion. Il s'agit aussi de les aider à intégrer leur maladie, leur traitement et la discontinuité traumatique qu'ils représentent dans leur vie.

L'étude proposée ici concerne particulièrement ce troisième cas de figure. En effet, à partir d'un recueil de données étoffé, une étude documentée a pu être menée. Elle comporte une quantification et une évaluation statistique de résultats. La qualité du vécu sous chimiothérapie dépend en grande partie de la présence, de l'intensité ou de l'absence des nausées et des vomissements. Or ces manifestations digestives, chimio-induites au départ, sont largement amplifiées par des facteurs psycho-affectifs et psycho-existentiels. Au contraire elles peuvent être atténuées ou prévenues par la relaxation. L'influence relaxogène s'oppose alors à la tension psychogène et à la réponse anxieuse liée le plus souvent au stress... En rapport étroit avec une expérience clinique dans ce domaine nous avons pu évaluer précisément l'effet anti-nauséeux et anti-émétique de la relaxation. Une évaluation fut notamment présentée, sous forme de poster, au congrès international "Psychologie et Cancer" en 1992. Aujourd'hui il existe des médicaments anti-émétiques efficaces. Ce sont les molécules antagonistes de la SéROTONINE (dites anti-5HT3). Cette substance est un neurotransmetteur décisif dans le processus central qui conduit au vomissement. En l'empêchant de se fixer sur des récepteurs spécifiques situés dans le CTZ (zone gâchette du vomissement située dans le plancher du 4me ventricule cérébral), les noyaux moteurs du nerf Pneumogastrique et le long du tube digestif, ces molécules peuvent inhiber partiellement ou totalement l'action de la SéROTONINE et donc le vomissement. Au début des années quatre-vingt-dix leur usage a modifié la situation émétique des services d'Oncologie. Toutefois certains malades vomissent quand même et parfois intensément. Avant la mise sur le marché de ces produits la pharmacopée ne disposait d'aucune arme sérieuse contre les nausées et les vomissements chimio-induits. Pratiquant la relaxation depuis longtemps quand ces anti-sérotoninergiques arrivèrent dans le service (1991), nous disposions déjà d'un recueil de données étoffé. L'étude qui suit concerne une période (d'avril 1985 à décembre 1990) antérieure à l'utilisation de ces produits. Leur action et leur impact anti-émétique auraient rendu impossible toute évaluation objective des effets de la relaxation.

Avant de présenter brièvement cette étude posons un problème de fond. Une méthode relationnelle s'adressant à la conscience à travers un langage est-elle compatible avec la quantification et l'évaluation statistique ? Pour certains esprits scientistes, une évaluation ne prenant pas seulement en compte des paramètres objectifs rigoureux ne prouve rien et n'a pas de sens. Cette attitude, héritée du positivisme du XIXme siècle, mène à un ostracisme dommageable. Elle exclut a priori du champ de la pertinence scientifique un certain nombre d'approches qui mériteraient une reconnaissance. à l'inverse certains praticiens en relaxation rejettent toute démarche d'évaluation sous prétexte qu'elle quantifierait du qualitatif. Cette attitude conduit les méthodes et leurs tenants à se replier sur eux-mêmes, à refuser le monde extérieur et à travailler à l'intérieur d'une clôture souvent confortable. Notre point de vue est sensiblement différent. Il paraît urgent de renoncer à un scientisme depuis longtemps dépassé par la science elle-même. Pareillement il est temps de sortir de sa tour d'ivoire. Au nom de quelle raideur conceptuelle serait-il interdit d'apprécier, quand son cadre de travail le permet, l'impact réel d'une méthode relationnelle et comportementale (et non : comportementaliste) ? En plus des paramètres objectifs, ce type d'étude prend nécessairement en compte des données subjectives exprimées par le patient à travers sa parole. Ces données ne sont pas incompatibles avec une quantification. Pour conclure ce débat épistémologique, nous emprunterons une formulation mathématique : une telle démarche d'évaluation est nécessaire et non suffisante. Elle est nécessaire car elle représente, dans un contexte pathologique de pointe, le seul moyen de parvenir (le cas échéant) à une reconnaissance médico-scientifique. Elle est non suffisante car aucune quantification ne peut exprimer l'essentiel de la relaxation à savoir l'expérience intime du relaxant dans le cadre d'une relation inter-humaine d'alliance, de transfert et de parole.

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MéTHODOLOGIE, ÉTDE COMPARATIVE

Voulant établir l'efficacité ou l'inefficacité anti-émétique de la relaxation psychogène dans le contexte des chimiothérapies anti-néoplasiques, nous avons considéré les deux cas de figure possibles. Ils seront examinés successivement.

  • La relaxation est mise en oeuvre avant la première perfusion et poursuivie au long du traitement global.
  • La relaxation est entreprise en cours de traitement alors qu'une ou plusieurs perfusions ont déjà été effectuées (sans relaxation).

1. QUAND LA RELAXATION EST ENTREPRISE AVANT LA PREMIèRE PERFUSION

Trois exigences s'imposent. Il faut comparer le vécu sous chimiothérapie de malades suivis en relaxation au vécu de malades non suivis en relaxation. Il faut que ces groupes soient numériquement égaux. Il faut que la chimiothérapie soit la même pour les deux groupes. La présente étude concerne ainsi trois protocoles chimiothérapiques différents soit 6 groupes de 30 malades chacun. Une chimiothérapie est désignée par un sigle, chaque lettre étant généralement l'initiale d'un des produits composants. Les deux premiers protocoles sont le MOPP (MéTACHLORÉTAMINE, ONCOVIN, PROCARBAZINE, PREDNISONE) et le VABD (VELBé, ADRIBLASTINE, BéLUSTINE, DéTICENE) utilisés pour traiter la maladie de Hodgkin. Le troisième est le CHOP (CICLOPHOSPHAMIDE, ADRIBLASTINE, ONCOVIN, PREDNISONE) traitant certains lymphomes. Pour chaque protocole, nous avons comparé un groupe de 30 patients relaxés avant chaque perfusion à un groupe numériquement égal de patients non relaxés. Ces derniers avaient refusé la relaxation mais néanmoins accepté de se prêter à notre enquête (réalisée le jour même et le lendemain de la perfusion).

Afin de déterminer le vécu émétique des sujets ont été pris en compte les paramètres suivants :

  • La présence ou l'absence de vomissements (ÉMÉSIS ou non-ÉMÉSIS)
    • La présence ou l'absence de vomissements anticipés (avant le début de la perfusion)
    • Le moment de déclenchement des vomissements (ÉMÉSIS précoce, ÉMÉSIS retardée, ÉMÉSIS tardive)
  • La durée totale des vomissements (période comprise entre le début du premier et la fin du dernier)
  • La fréquence des vomissements
  • L'état du sujet le soir, la nuit et le lendemain
  • L'intensité des nausées
  • Le retentissement subjectif des vomissements
  • L'évolution émétique et nauséeuse du sujet au long du traitement global.

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Voici, sous forme de tableaux et de pourcentages, les données et les différences quantitatives recueillies après la première perfusion. Le paramètre de la durée totale des vomissements n'y figure pas car il paraît difficilement quantifiable et d'un intérêt asse secondaire. Chaque malade représentant un peu plus de 3,3%, nous avons -en cas de pourcentage ne se terminant pas par 0- baissé le nombre à l'unité inférieure dans les groupes non relaxés et monté à l'unité supérieure dans les groupes relaxés (pour éviter une présentation trop favorable à ces derniers). Rappelons enfin que les médicaments antagonistes de la SéROTONINE n'existaient pas à l'époque de cette enquête.

PROTOCOLE MOPP

Paramètres Groupe non relaxé Groupe relaxé
ÉMÉSIS 80% 54%
VOMISSEMENTS ANTICIPÉS 13% 0
ÉMÉSIS PRÉCOCE 53% 20%
ÉMÉSIS RETARDÉE 80% 40%
ÉMÉSIS TARDIVE 20% 7%
FRÉQUENCE DES VOMISSEMENTS identique identique
INTENSITÉ DES NAUSÉES
- Très nauséeux
- Nauséeux
- Peu nauséeux

40%
50%
7%

30%
30%
40%
RETENTISSEMENT SUBJECTIF
- Très perturbés
- Perturbés
- Peu perturbés

46%
40%
14%

27%
43%
30%

TABLEAU 1 - Différences quantifiées de comportement entre les groupes après la première perfusion. Au cours du traitement global les paramètres 2, 3, 5, 7, 8 s'aggraveront chez 80 % des non relaxés. Les paramètres 1, 3, 4, 7, 8 s'amélioreront chez 66 % des relaxé et le paramètre 5 s'aggravera dans 50 % des cas.

PROTOCOLE VABD

Paramètres Groupe non relaxé Groupe relaxé
ÉMÉSIS 100% 94%
VOMISSEMENTS ANTICIPÉS 20% 0
ÉMÉSIS PRÉCOCE 60% 60%
ÉMÉSIS RETARDÉE 100% 80%
ÉMÉSIS TARDIVE 60% 14%
FRÉQUENCE DES VOMISSEMENTS identique identique
INTENSITÉ DES NAUSÉES
- Très nauséeux
- Nauséeux
- Peu nauséeux

86%
14%
0

70%
30%
0
RETENTISSEMENT SUBJECTIF
- Très perturbés
- Perturbés
- Peu perturbés

86%
14%
0

57%
37%
6%

TABLEAU 2 - Dans ce protocole très lourd on observe des différences quantitatives nettes entre groupes après la première perfusion. Chez 93 % des non relaxés les paramètres 2, 3, 5, 7, 8 s'aggraveront. Il y aura maintien global chez les deux tiers des relaxés. Dans un tiers des cas les paramètres 5, 7 et 8 s'amélioreront légèrement.

PROTOCOLE CHOP

Paramètres Groupe non relaxé Groupe relaxé
ÉMÉSIS 100% 84%
VOMISSEMENTS ANTICIPÉS 20% 7%
ÉMÉSIS PRÉCOCE 66% 27%
ÉMÉSIS RETARDÉE 66% 34%
ÉMÉSIS TARDIVE 100% 60%
FRÉQUENCE DES VOMISSEMENTS identique identique
INTENSITÉ DES NAUSÉES
- Très nauséeux
- Nauséeux
- Peu nauséeux

50%
50%
0

27%
50%
23%
RETENTISSEMENT SUBJECTIF
- Très perturbés
- Perturbés
- Peu perturbés

60%
33%
7%

37%
57%
6%

TABLEAU 3 - Dans ce protocole on constate des différences quantitatives entre groupes. Au cours du traitement global les paramètres 2, 3, 7, 8 s'aggravent chez 80 % des patients non relaxés. Au sein de l'autre groupe il y a aggravation globale dans 7% des cas et les paramètres 1, 3, 7, 8 s'améliorent dans 26%.

CONCLUSION

  • Dans le MOPP les patients relaxés sont plus de deux fois plus nombreux à ne pas vomir que les non relaxés. Dans le CHOP les seuls malades à ne pas vomir appartiennent au groupe des relaxés.
  • Dans le MOPP et dans le VABD aucun sujet relaxé ne présente de vomissement anticipé contre 13% et 20% chez les non relaxés. Dans le CHOP les non relaxés sont plus de deux fois plus nombreux à en présenter.
  • Dans le MOPP et dans le CHOP les personnes non relaxées sont plus de deux fois plus nombreuses à présenter une émésis précoce . Elles sont deux fois plus nombreuses à présenter une émésis retardée. Dans le MOPP et le VABD les sujets non relaxés sont trois fois -ou davange- plus nombreux à présenter une émésis tardive.
  • Lorsque les vomissements sont déclenchés leur fréquence est identique dans les deux populations quel que soit le protocole chimiothérapique.
  • Dans les trois protocoles les sujets non relaxés sont nettement plus nombreux à se dire très nauséeux (deux fois plus nombreux environ dans le protocole CHOP).
  • Dans les trois protocoles les malades non relaxés sont nettement plus nombreux que les relaxés à être très perturbés (deux fois plus nombreux dans le MOPP).

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2. SIGNIFICATIVITÉ STATISTIQUE DES RÉSULTATS

Telles quelles les pages précédentes relatent un recueil de données. Elles sont descriptives, relatives à un échantillon limité de malades et concernent trois protocoles chimiothérapiques. Cette comparaison entre groupes sophronisés et groupes non sophronisés constitue un pas important. Toutefois une question se pose légitimement. Quelle est la significativité statistique des différences observées ? Autrement dit : des différences analogues seraient-elles observées si l'échantillon de malades était considérablement plus grand ? Dès qu'il y a quantification, il est nécessaire de poser cette question. Seule la statistique peut y répondre. Voilà pourquoi plusieurs de ces différences ont été soumises à un test statistique.

Dans notre étude comparative le nombre des malades relaxés (MR), comme celui des malades non relaxés (MNR), s'élevait à 90. Les calculs de significativité ont porté sur 6 paramètres :

  1. L'absence de vomissements(non-émésis)
  2. Les vomissements anticipés
  3. Le fait d'être très nauséeux
  4. Le fait d'être peu nauséeux
  5. Le fait d'être très perturbé subjectivement
  6. Le fait d'être peu perturbé

On parle de significativité statistique d'une mesure (ici d'une différence) lorsque, si on répète cent fois l'expérience qui a conduit à cette mesure, on a cinq chances sur cent (ou moins de cinq chances sur cent) d'obtenir des résultats différents de la mesure initiale. Autrement formulé, la probabilité d'obtenir ces résultats différents doit être inférieure ou égale à 0,05 (p < 0,05 ou p = 0,05) pour que la mesure soit significative. Les tests utilisés furent le test du CHI 2 et, quand le nombre de malades était insuffisant, le test de FISCHER. Voici les résultats obtenus:

  1. ABSENCE DE VOMISSEMENTS (21 MR, 6 MNR).
    Le CHI 2 indique que p = 0,0001.
  2. VOMISSEMENTS ANTICIPÉS (2 MR, 16 MNR).
    Le test de FISCHER indique que p = 0,02.
  3. LE FAIT D'ETRE TRES NAUSÉEUX (38 MR, 54 MNR).
    Le CHI 2 indique que p = 0,027.
  4. LE FAIT D'ETRE PEU NAUSÉEUX (19 MR, 2 MNR).
    Le test de FISCHER indique que p = 0,001.
  5. LE FAIT D'ETRE TRES PERTURBé (36 MR, 58 MNR).
    Le CHI 2 indique que p = 0,0013.
  6. LE FAIT D'ETRE PEU PERTURBé (11 MR, 6 MNR).
    Le test de FISCHER indique que p = 0,035.

Il existe donc une large significativité statistique pour ces six paramètres car p est à chaque fois nettement ou très nettement inférieur à 0,05. Cela veut dire que les différences observées entre les sujets relaxés et les sujets non relaxés ne sont pas dues au hasard mais à l'effet propre de la relaxation. Des tests identiques portant sur d'autres différences et d'autres paramètres peuvent bien entendu être effectués. Les différences que nous avons choisies, en accord avec un statisticien, sont importantes quant au vécu émétique et propices à ce genre de calculs.

Remarquons par ailleurs que les pourcentages présentés dans notre étude expriment des moyennes. On peut légitimement s'interroger sur la variance des mesures effectuées. La variance d'un ensemble de mesures se définit comme la moyenne des carrés des écarts de ces mesures à leur moyenne. Plus les différentes mesures "individuelles" s'écartent de la moyenne obtenue, plus la variance est grande. Cette dernière évalue en fait la dispersion d'un ensemble de mesures. En toute rigueur la connaissance de la variance complète la connaissance de la moyenne. Bien que cet aspect ne semble pas primordial ici, nous avons calculé -dans le cas du MOPP et du VABD- la variance de la durée totale des vomissements (période comprise entre le début du premier vomissement et la fin du dernier) ainsi que la variance de leur fréquence. En ce qui concerne le premier paramètre la variance est plus grande dans le groupe non relaxé (dispersion plus importante) que dans le groupe relaxé (dispersion moins importante) : presque deux fois plus grande pour le MOPP, une fois et demie plus grande pour le VABD. En ce qui concerne le second paramètre les variances sont un peu plus élevées dans les groupes non relaxés. Quelle que soit sa justification mathématique ce calcul des variances semble présenter un intérêt fort relatif en regard de la présente étude.

Précisons enfin que la rigueur statistique absolue aurait voulu que le collecteur de données (l'enquêteur) ne soit pas la même personne que le praticien mettant en oeuvre la méthode thérapeutique (le relaxateur). Mais, vu le peu de moyens à notre disposition, il fut impossible de procéder autrement. D'autant que dans le cas d'une méthode relationnelle et psychogène appelant nécessairement l'évaluation de paramètres tenant au ressenti propre d'un sujet, il paraît difficile en contexte hospitalier que l'enquêteur soit étranger à ce qui est évalué.

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3. QUAND LA RELAXATION EST MISE EN OEUVRE AU COURS DU TRAITEMENT

Dans cet autre cas de figure une ou plusieurs perfusions ont été réalisées avant la mise en oeuvre de la relaxation. Les choses se sont mal passées : le malade -particulièrement stressé la plupart du temps- a beaucoup vomi, ressenti des nausées intenses et bien mal supporté la ou les perfusion(s). D'où une demande de relaxation. Elle émane soit du malade lui-même soit de l'équipe soignante soit des deux... 48 h après la perfusion suivante le patient répondait à ce questionnaire, auquel il répondait encore à deux reprises au moins avant la fin du traitement global :

  • Avez-vous vomi ?
  • Avez-vous :
    • ... Davantage vomi ?
    • ... Autant vomi ?
    • ... Moins vomi ?
  • Avez-vous vomi avant la perfusion ?
  • Les vomissements se sont-ils déclenchés:
    • ... Plus tôt ?
    • ... Au même moment ?
    • ... Plus tard ?
  • Les vomissements étaient-ils :
    • ... Plus fréquents ?
    • ... Aussi fréquents ?
    • ... Moins fréquents ?
  • Après la perfusion vous sentiez-vous :
    • ... Plus mal ?
    • ... Pareil ?
    • ... Mieux ?
  • Le soir vous sentiez-vous :
    • ... Plus mal ?
    • ... Pareil ?
    • ... Mieux ?
  • Ensuite avez-vous passé une nuit :
    • ... Plus mauvaise ?
    • ... Pareille ?
    • ... Meilleure ?
  • Le lendemain vous sentiez-vous :
    • ... Plus mal ?
    • ... Pareil ?
    • ... Mieux ?
  • Avez-vous ressenti :
    • ... Davantage de nausées ?
    • ... Autant de nausées ?
    • ... Moins de nausées ?
  • (Question posée à la moitié et aux deux tiers du traitement) Depuis la mise en oeuvre de la relaxation appréhendez-vous :
    • ... Davantage les perfusions ?
    • ... Autant les perfusions ?
    • ... Moins les perfusions ?
  • (Question posée à la moitié et aux deux tiers du traitement) Depuis la mise en oeuvre de la relaxation êtes-vous :
    • ... Davantage perturbé ?
    • ... Aussi perturbé ?
    • ... Moins perturbé ?

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Voici, exprimées sous forme de tableau et de pourcentages, les données recueillies. Elles concernent 50 malades (15 MOPP, 20 VABD, 15 CHOP).

RELAXATION ENTREPRISE EN COURS DE TRAITEMENT CHIMIOTHéRAPIQUE (1)

Paramètres comportementaux Chimiothérapies
MOPP VABD CHOPP
I - ONT VOMI
(100 % sans relaxation)
80% 100% 90%
II - IMPORTANCE DES VOMISSEMENTS
- ont davantage vomi
- ont autant vomi
- ont moins vomi
0
47%
53%
0
25%
75%
0
27%
73%
III - ONT VOMI AVANT LA PERFUSION
(56% % sans relaxation)
7% 10% 14%
V - DURÉE TOTALE DES VOMISSEMENTS
- ont vomi plus longtemps
- ont vomi aussi longtemps
- ont vomi moins longtemps
0
34%
66%
0
20%
80%
0
43%
57%
VI - LES VOMISSEMENTS éTAIENT :
- plus fréquents
- aussi fréquents
- moins fréquents
0
60%
40%
0
60%
40%
0
73%
27%

TABLEAU 4 (1) - Première partie du tableau élaboré à partir des réponses de 50 patients (15 MOPP, 20 VAGD, 15 CHOP) pris en charge par relaxation en cours de chimiothérapie.

Paramètres comportementaux Chimiothérapies
MOPP VABD CHOPP
VII - APRES LA PERFUSION :
- se sont sentis plus mal
- se sont senti pareil
- se sont senti mieux
0
33%
67%
0
40%
60%
0
60%
40%
VIII - LA NUIT SUIVANTE FUT :
- plus mauvaise que la précédente
- identique à la précédente
- meilleure que la précédente
0
40%
60%
0
30%
70%
0
47%
53%
IX - LE LENDEMAIN SE SONT SENTIS :
- plus mal que le lendemain de la perfusion précédente
- pareil
- mieux
0
60%
40%
0
20%
80%
0
34%
66%
X - NAUSÉES. ONT RESSENTI :
- davantage de nausées
- autant de nausées
- moins de nausées
0
40%
60%
0
30%
70%
0
23%
73%
XI - APPRÉHENSION. DEPUIS LA MISE EN OEUVRE DE LA RELAXATION APPRÉHENDENT :
- davantage les perfusions
- autant les perfusions
- moins les perfusions
0
34%
66%
0
20%
80%
0
40%
60%
XII - PERTURBATION SUBJECTIVE. DEPUIS LA MISE EN OEUVRE DE LA RELAXATION SONT :
- davantage perturbés
- autant perturbés
- moins perturbés
0
20%
80%
0
25%
75%
0
34%
66%

TABLEAU 4 (2) - Deuxième partie du tableau élaboré à partir des réponses de 50 patients pris en charge par relaxation en cours de chimiothérapie. Ces réponses et les pourcentages obtenus montrent que la relaxation améliore les symptômes dans un grand nombre de cas (entre 30 % et 80 % selon le protocole pour la plupart des paramètres).

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AUTRES ASPECTS PRATIQUES

L'étude précédente, qui associe en fait deux études distinctes, reflète et affirme l'efficacité anti-nauséeuse et anti-émétique de la relaxation psychogène. Tout se passe comme si, en inhibant ou en atténuant la composante anxieuse, composante qui renvoie souvent elle-même à des afférences psycho-existentielles profondes, la relaxation pouvait largement modifier le vécu sous chimiothérapie. Aujourd'hui l'urgence anti-émétique est moins grande car l'usage généralisé des antagonistes de la SéROTONINE inhibe souvent le processus de vomissement. Néanmoins bien des patients vomissent malgré ces molécules qui ne peuvent rien contre les facteurs psychologiques et existentiels. Dans ce cas la relaxation est indiquée. De plus certains malades, qui ne vomissent pas grâce aux antisérotoninergiques, vivent très difficilement les perfusions et intègrent bien mal leur traitement. Là encore la relaxation trouve une large indication.

Dans le contexte lourd de l'onco-hématologie il y a de nombreuses autres indications pour la relaxation de type sophrologique.

1. RELAXATION ET DOULEUR

La sophronisation peut s'avérer utile contre les douleurs sévères. Lorsqu'il s'agit de douleurs réputées "fonctionnelles", son emploi est particulièrement justifié. Il l'est aussi quand les douleurs ont un substrat organique patent. En effet la douleur est d'abord, aussi et toujours un vécu perceptif qui coïncide avec un mal être personnel. Même quand ce vécu et ce mal être sont directement conditionnés par l'organicité, une approche non-p est souvent fructueuse en complément des médicaments antalgiques. Cette approche permet une ouverture sur la personne et sa souffrance propre. Nous le constatons régulièrement. La "sophronisation antalgique" que nous pratiquons comprend plusieurs phases :

  • D'abord l'induction d'une détente générale avec relâchement des groupes musculaires, prise de conscience de la pesanteur et de la respiration, etc.
  • Ensuite une visualisation mentale de la région algique. Il n'est pas question de tomber dans le cours d'anatomie. Mais la douleur se nourrit de l'imprécision : les patients ne connaissent généralement pas l'organisation interne de leur corps. Il est important d'induire une représentation mentale des structures intéressées. Prenons l'exemple d'une épaule douloureuse. Pour le sujet, son épaule est uniquement la douleur de l'épaule. La prise de conscience, l'idéation, d'une autre image de cette région (surfaces osseuses au contact, capsule articulaire, ligaments, tendons, muscles) instaure une certaine mise à distance de la sensation et de la zone douloureuses.
  • En troisième lieu l'induction d'un autre vécu perceptif plus gratifiant. Au cours de cette "sophro-substitution sensorielle", le terpnos logos du relaxateur favorise une perception nouvelle de la zone douloureuse. Il s'agit fréquemment d'une sensation de réchauffement, de détente chaude. Cette approche intervient au niveau du schéma corporel (à partir d'une projection somatotopique corticale le SC assure une représentation de l'étendue corporelle et de ses différentes parties) et de l'image du corps (synthèse vivante de nos expériences émotionnelles). Reprenons l'exemple de l'épaule gelée hyperalgique. Dans le cas fréquent d'une pathologie précise (rhumatismale) avec des lésions anatomo-physiologiques documentées, la substitution sensorielle ne supprime ni les lésions organiques ni les afférences neurologiques qui parviennent au cerveau. Par contre le discours sur le réchauffement de l'épaule peut détourner efficacement la conscience du sujet d'une fixation obsessionnelle sur le vécu douloureux. Il s'agit en somme d'une désensibilisation.
  • Enfin la "motivation antalgique". Elle consiste à faire comprendre et éprouver au malade que son état psychosomatique influence sa douleur : la tension psychique l'exacerbe ou l'entretient, la détente physique et mentale peut la diminuer. Le sujet réalise ainsi la dimension existentielle de sa souffrance et la relation intime qu'il entretient avec elle.

Cette "manipulation relaxante" de la douleur par la parole et par l'écoute coexiste souvent avec un traitement antalgique médicamenteux et/ou physiothérapique. Aussi est-il malaisé de réaliser des études comparatives analogues à celles présentées plus haut. La seule quantification personnelle dont nous disposons date de plusieurs années. Elle ne prétend pas à une significativité générale et se contente de rapporter un recueil de données. Cette enquête porte sur 50 patients. Aucun ne présentait de douleur liée à une localisation de l'hémopathie maligne (algies pouvant rétrocéder sous l'effet de la chimiothérapie). 21 malades souffraient de la colonne vertébrale, 7 présentaient une névralgie sciatique, 2 une névralgie crurale, 4 une névralgie cervico-brachiale, 9 avaient une épaule douloureuse, 3 souffraient d'un genou, 2 des deux genoux, 2 présentaient des myalgies diffuses.

  1. Dans 14 cas la relaxation fut entreprise d'emblée car les malades étaient particulièrement anxieux.
    • La douleur rétrocéda rapidement dans 9 cas. Dans cette évolution quelle part revient à la physiothérapie, aux médicaments, aux sophronisations ? 8 de ces 9 malades appréciaient beaucoup la relaxation.
    • Dans 5 cas aucun résultat antalgique patent ne fut obtenu.
  2. Dans 27 cas la relaxation fut entreprise secondairement, alors que les traitements médicamenteux et physiothérapique n'avaient jusque-là donné aucun résultat.
    • Les douleurs disparurent en moins d'une semaine dans 5 cas.
    • Elles s'améliorèrent nettement dans 14 cas.
    • Elles persistèrent avec la même intensité dans 8 cas.
  3. Dans 9 cas la relaxation fut utilisée exclusivement. Devant l'absence complète de résultats tout autre traitement avait été abandonné.
    • La douleur diminua beaucoup dans 3 cas.
    • Elle diminua un peu dans 4 cas.
    • Elle persista à l'identique dans 2 cas.

2. AUTRES USAGES

à côté de ses effets antalgiques la relaxation psychogène permet d'accompagner des malades longtemps hospitalisés dans le service (et parfois en fin de vie). Au sein d'un environnement difficile, standardisé et très technique, il s'agit de revaloriser l'image corporelle et le lien personnel du malade à son propre corps. Mentionnons encore d'autres vertus de la relaxation. Grâce à son versant de représentation mentale, elle peut aider la kinésithérapie en facilitant la reprise de mouvements volontaires ou d'une mobilisation globale du corps après des épisodes neurologiques ou de grabatariat dû à une intense fatigue. Elle peut aider les hémiplégiques à mieux intégrer l'hémicorps lésé et donc à lutter contre une héminégligence aux conséquences parfois catastrophiques. De même la visualisation mentale de l'appareil et de la fonction respiratoires favorise la kinésithérapie ventilatoire. C'est notamment le cas chez les allogreffés de moelle osseuse, malades menacés de fibrose pulmonaire à cause des lourdes réactions immunitaires et des infections diverses qui se déclarent lors du suivi de greffe. De plus des exercices de relaxation dynamique (RD 1), technique sophrologique qui associe des phases de dynamisation et de mobilisation concentrative à des moments de relaxation stricto sensu, peuvent être très utiles pour ces patients au cours de leur récupération.

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LA QUESTION DU PLACEBO

Certains pensent de bonne foi pensent que les résultats de la relaxation découlent de l'effet placebo. Or cette opinion nous paraît infondée et même illogique. Ces quelques lignes se proposent de le montrer.

1. L'EFFET PLACEBO RELÈVE DE LA SUGGESTION

Il mobilise "la suggestion appliquée à l'art de guérir" (BERNHEIM). Typiquement on suggère au patient que le médicament administré va le guérir, tout en sachant pertinemment qu'il n'existe aucune raison objective pour cela. Ainsi le magnétiseur persuade le malade que des agents inexistants (et plaisants), telles des ondes ou des vibrations, vont agir sur sa lésion. Le malade se suggestionne et y croit... Or, contrairement à ce qui se passe avec l'hypnose traditionnelle, la suggestion stricto sensu n'intervient pas en relaxation. En séance nous ne prononçons jamais des phrases du genre "la relaxation va vous empêcher de vomir" ou "tout sera facile et confortable grâce à la séance". En ce sens nous ne suggérons rien. Par contre il paraît tout à fait légitime de signifier au patient qu'il peut améliorer son vécu sous perfusion en modifiant sa propre situation psychosomatique.

2. LE CONCEPT DE PLACEBO, PLACEBO ET NON-PLACEBO

Le placebo est une "mesure thérapeutique d'efficacité intrinsèque nulle sans rapport logique avec la maladie." (BARUCAND). Ce concept s'applique à des médicaments dont l'effet pharmacodynamique n'existe pas alors que les malades guérissent ou sont améliorés (par suggestion). Il n'est pas légitime de l'étendre à la relaxation psychogène. L'action de cette dernière existe bel et bien. En fonction de sa nature propre, elle est tout sauf nulle. Il y a efficacité intrinsèque et il y a rapport logique avec la maladie (comprise ici comme un mal être profond entraînant des désordres somatiques). Le présent travail se propose justement d'établir la réalité, les fondements et le sens de cette action induite par la parole.

De plus se pose la question du non-placebo. En effet affirmer qu'un médicament est un placebo c'est sous-entendre qu'il pourrait ne pas l'être et que d'autres ne le sont pas car ils agissent réellement. Le concept de placebo renvoie donc à celui de non-placebo (principe pharmacologiquement actif). Dire que la relaxation fait placebo parce qu'elle s'adresse à la conscience à travers un langage, réalités malaisément quantifiables, sous-entend dans l'esprit de ses détracteurs que la relaxation pourrait ne pas agir psychologiquement mais "réellement". C'est totalement absurde. La relaxation développe une approche relationnelle passant par la parole et l'écoute. Sa réalité tient justement dans ce couple qui est aussi un "corps à corps". Lui reprocher de faire placebo à cause de cela revient à lui reprocher d'être ce qu'elle est. Or, peut-on logiquement reprocher à une chose d'être ce qu'elle est ? Derrière ce "procès en placebo" se cache une faute de logique, une certaine incompréhension du phénomène placebo et une conception étriquée de la réalité.

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