Yannick Frieh
Sophrothérapeute, co-directeur de l'Ecole Alsacienne de Sophrologie Existentielle


Le thème de ce 41è congrès, "la place de la sophrologie dans l'avenir de notre société" me semble tout à fait approprié pour aborder ce vaste sujet que la sexualité humaine et sans vouloir anticiper ma conclusion, j'aborderai plutôt celui d'un éveil de l'état amoureux... sujet qui suscite toujours autant d'interrogation et de débat... en effet, qui peut dire qu'il ne s'est jamais interrogé au cours de son existence à la question de la sexualité ?
Sujet qui suscite débat, débat qu'il me faut dès à présent ouvrir en vous précisant l'intentionnalité de mon propos : c'est sous l'angle du " Profane au Sacré " que je vais évoquer le lien qui relie nos sexualités à nos grandes interrogations existentielles au travers de l'approche sophrologique phénoménologique existentielle, l'état modifié de conscience que procure l'expérience vivantielle des pratiques des relaxations dynamiques 3ème et 4ème degré notamment.

Dans le cadre de mon travail de sophro-thérapeute, je rencontre des personnes, plus de femmes que d'hommes qui, dans l'intimité de cet espace relationnel que nous installons au fil de nos rencontres et des pratiques sophrologiques osent évoquer ce délicat sujet de la sexualité, plus précisément celui du désir et du plaisir en témoignant positivement des manifestations de changement qui s'opèrent en elles après des entraînements sophrologiques.
S'il est vrai que certaines personnes reconnaissent qu'elles souffrent de ne plus avoir de désir, que d'autres d'éprouvent des difficultés après une rupture à créer une nouvelle relation intime avec un partenaire, que d'autres subissent encore psychiquement les traces d'un traumatisme physique passé, que d'autres se vivent dans la honte de leurs comportements et pratiques sexuelles...
N'est-il pas nécessaire de clarifier l'intitulé de mon intervention ?

Loin du clivage traditionnellement évoqué et supposé entre l'âme et le corps, c'est bien entendu l'être Humain dans sa globalité qui retient notre attention :
Pour ce fait, il s'agit de ne pas confondre le sexuel qui relève de la procréation et l'érotisme qui lui, ne concerne que le plaisir et ses raffinements.

Pour information, la notion de profane se définit par opposition à celle de sacré : il s'agit de tout ce qui ne se rapporte pas à la religion, qui ne respecte pas les choses sacrées.
Dans la religion, le sacré désigne tout ce qui a trait au divin, le reste du monde étant le profane. Le sacré appartient à un domaine séparé, interdit, inviolable. A ce titre, le sacré se rapproche de ce qui est de l'ordre du secret : ce qui est secret, fait partie de l'intime.
Dans l'Antiquité, est profane celui qui n'est pas initié aux mystères, personne non initiée à une science, à un art.

A cet endroit, les " initiés " que vous êtes toutes et tous au travers de la pratique et donc de l'expérience vivantielle des relaxations dynamique 3ème et 4ème degré entendront aisément la proposition... " de vous aimer... de vous aimer à vous faire l'amour ! " et à tous les autres, non initiés, non pratiquants de vous éveiller la curiosité et le désir d'expérimenter ces entraînements pratiques... pour en connaître toutes les possibles découvertes. En effet, le travail exercé sur le corps par les pratiques de relaxation dynamique va en se servant de la bi-directionnalité de la conscience ramener cette dernière vers ce lieu sacré qu'est le corps, ce lieu séparé du monde extérieur par sa forme, ses volumes, reliefs créant ainsi un espace... Un espace vivant, cet espace pour la personne l'être en soi.

Je vous ferai part de certaines vivances que j'ai pu entendre et recueillir aussi bien dans les consultations individuelles que dans les séminaires de notre cursus de formation en sophro-thérapie.

Si l'on considère à peu près n'importe laquelle des civilisations du monde à travers le temps et l'espace, des jungles de l'Amazonie aux côtes de la Méditerranée, de l'Egypte ancienne au concile de Vatican 2, il nous faut reconnaître une évidence :
Rien en effet ne semble appartenir davantage que le sexe - et l'érotisme qui lui est lié - au registre du sacré, au domaine du religieux.
Rien d'autre si ce n'est peut être la Mort avec laquelle le sexe a d'ailleurs souvent et étroitement entretenu de mystérieux rapports.
Si la mort semble être aujourd'hui un sujet tabou, quelque chose de caché, où en tout cas d'expédier parfois en catimini, le sexe est en apparence au devant de tous nos écrans de télévision ou d'ordinateur ; à la une des couvertures de journaux... pas un jour sans un test dit psychologique pour évaluer notre quotient sexuel, des conseils pratiques pour être performant... etc...
Il y a tout juste un demi-siècle, dans l'après guerre des années 1950, étions nous dans la configuration inverse : le sexe était tabou et la mort mise en scène par tout le cérémonial funèbre.
De la " prostitution sacrée " aux rituels initiatiques primitifs, aux cérémonies de mariage traditionnelles, toutes ces pratiques éminemment liées à l'éros ont été des réalités profondément vécues sur le mode du sacré.

D'autre part, nous reconnaissons tous volontiers avoir l'impression que rien n'a autant que la sexualité réussie à ébranler les fondements même de la civilisation judéo-chrétienne traditionnelle.
Rien n'a aussi puissamment contribué à instaurer les bases de notre soi- disante modernité : ...de la contestation avec Luther et la Réforme, de " l'ordre célibataire " catholique au libertinage du siècle des Lumières, des alcôves du marquis de Sade au divan du docteur Freud, des enquêtes du docteur Kinsey aux statistiques de Master et Johnson, il semble en effet que le refus de l'ordre sexuel ait été à maints fois le moteur d'un refus plus global de l'ordre ancien et de ses racines religieuses, qu'il ait en quelque sorte servi de porte drapeau à l'émergence d'un ordre neuf, profane et séculier.

Autant le sexe avait-il été imprégné d'une aura terrifiante et sacrée, autant il a résolument pris place parmi les objets " profanes " de cette société de consommation et matérialiste.
Les médias nous font consommer le sexe, comme nous consommons tout le reste, de la cigarette à l'alcool, en passant par la " sale-bouffe "...
Nous sommes dans l'ère de la consommation immédiate de sexe, d'expériences et de pratiques en tous genres afin de combler au manque inhérent que nous portons en nous - j'y reviendrai par la suite- sans parvenir pour autant à la satisfaction de cette quête de plaisir.

C'est dans cette prospérité de l'après-guerre avec son lot de beaux et nouveaux discours, et notamment dans le domaine des sciences humaines, de la psychanalyse à la sexologie en passant parfois même par la théologie chrétienne, que nous avons appris à quel point le sexe était bon, sain et désirable - ne s'agirait il pas de la " fameuse pomme " ?-, et à quel point il pouvait contribuer à notre épanouissement, essentiel à notre bonheur, à notre bien-être ou mieux-être ?

Disséquée, analysée, mesurée, éduquée au besoin réparée par des thérapeutes de toutes sortes, désacralisée dans ses pratiques et comportements, rentabilisée dans le commerce lucratif en tous genres, divulguée, racontée, étalée par tous les moyens d'expression possibles.
La sexualité semble s'être en un mot banalisée, au point d'être réduite à une expérience banale et profane, à peu près ou complètement dissociée de cette aura sacrée, religieuse voire mystique.

Nous l'avons bien compris, la sexualité est une dimension incontournable de l'Etre humain. Elle participe de ce qui exalte les plus grands émois de l'âme.

" L'amour a toujours été pour moi la plus grande des affaires, ou plutôt la seule ! " affirme et écrit Stendhal dans le Rouge et le Noir.

" Un seul désir suffit pour peupler tout un monde. " confirme Lamartine dans La Mort de Socrate.

De ce lyrisme littéraire qui nous touche tous bien volontiers car ne sommes nous pas tout simplement des êtres sensibles ? Abordons la question suivante : mais qu'est ce que la sexualité ?

Nous l'avons évoqué, suivant les époques et les cultures, nous observons une très grande diversité des pratiques et des valeurs attachées à la sexualité.
Hétérosexualité, homosexualité, bisexualité, érotisme, pornographie, amour platonique ou amour romantique ; pratiques taboues, initiatiques, rituelles ou sacralisées...mais de quelle sexualité parle-t-on ?
Celle de Sade ou de Dom Juan ? Celle de Kraff-Ebing ou celle de Freud ?
Celle d'une vidéo X ou celle de Tristan et Iseult ?
Celle du bien ou celle du mal ?
Sexualité naturelle ou culturelle ? Normale ou pathologique ?

Pour l'aborder au sens le plus complet et le plus large et tout d'abord étymologiquement, " sexualité " vient du latin " secare " qui signifie couper ; c'est Platon dans le Banquet qui développe une légende selon laquelle nous étions il y a très longtemps homme et femme en même temps ou homme et homme ou femme et femme collés l'un à l'autre par le ventre et que nous étions très heureux ainsi, cet androgyne, être complet qui se suffit à lui-même et ce sont les dieux qui nous auraient séparés pour nous punir d'une faute ...faute de quoi nous passons notre existence à rechercher notre moitié !

A cela s'ajoutent d'autres données qu'il nous faut retenir, à la fois...

  • étologiques c'est-à-dire concernant l'étude du comportement animal et donc de la reproduction ;
  • ethnologiques c'est-à-dire concernant l'étude des cultures et des sociétés humaines ;
  • psychosociologiques et psychanalytiques comme celles apportées par Kinsey et celles apportées par la théorie freudienne ;
  • neurobiologiques et physiologiques de Master et Johnson ;

Chez les primates et chez l'humain, la recherche de plaisir serait un comportement spécifique, bien distinct de celui de la reproduction.
En effet, les comportements sexuels sont tellement intégrés aux relations sociales, que l'on qualifie ces comportements de " socio-sexuels ".
On observe des relations entre des espèces différentes de primates, des relations hétéro-homo et bisexuelles- ces dernières étant la norme chez les singes bonobos-, des pratiques diverses telles que présentation des organes génitaux, initiation au baiser... jusqu'à des comportements d'auto-érotisme...

La reproduction pour tous les êtres vivants, est la perpétuation de l'espèce.
Chez les mammifères, le facteur absolument nécessaire de la reproduction est la fécondation de la femelle par le mâle.
Il existe un comportement de reproduction, c'est-à-dire tout un ensemble d'éléments sensoriels (phéromones), endocriniens et moteurs qui, uniquement en présence d'un mâle fécondant et d'une femelle fécondable, déclenchent une séquence d'actes moteurs successifs et contrôlés.
Chez l'homme, la sexualité " humaine dite normale " ne reposerait-elle uniquement sur un modèle comportemental adéquat, à savoir celui d'un homme et d'une femme pubères ayant des relations procréatrices : il concerne alors le coït vaginal fécondant.

Dès sa naissance, l'éros est parti intégrante de l'être humain. Comme l'a dit Freud, il existe une sexualité infantile essentiellement psychologique.
Elle s'inscrit très rapidement dans les rapports relationnels, pas encore sexuels avec les adultes, notamment les parents.

Les différents stades décris par Freud correspondent au développement du système nerveux central c'est-à-dire à l'innervation des zones dites érogènes.

L'évolution du petit d'homme l'amène non seulement à découvrir son corps, mais aussi et surtout à se l'approprier, à le découvrir comme le sien propre :
Cela signifie que ses pulsions, plaisir-déplaisir, prennent son corps pour objet.

La maturation physique à l'adolescence et le bouleversement hormonal qu'elle entraîne, éveille le désir sexuel qui pour s'exprimer physiquement nécessiterait une maturation psychique qui suppose le renoncement de ces relations premières qui furent la cause de nos premières émotions.

La libido est l'énergie psychique des pulsions sexuelles qui trouvent leur régime en terme de désir, d'aspirations amoureuses et qui pour Freud, rend compte de la présence et de la manifestation de l'éros dans la vie psychique.

Ainsi, nous entendons l'importance du " principe de plaisir " qui règne en maître au début de la vie et qui pousse le nourrisson à rechercher le moyen le plus immédiat pour apaiser ses tensions internes (faim, désir sexuel...)

Le principe de plaisir et son mode hallucinatoire de satisfaction ne disparaissent pas pour autant car selon Freud, ils continuent à être à l'œuvre dans les rêves et les fantasmes.
L'imagination est plus puissante que la réalité et à ce titre, notre capacité à trouver du plaisir dépend essentiellement " de ce que nous avons dans la tête ". En effet qu'en est il de toutes ces images enfermées dans la tête par lesquelles s'anime peut être le visage idéalisé de l'être aimé ?
Et comme le souligne Woody Allen : " le deuxième organe que je préfère, c'est mon cerveau ! "
Entre nos partenaires réels et nous, se dresse toujours la barrière de nos fantasmes et la plus belle des maîtresses ou le plus habile des amants peuvent échouer à la franchir.

Dès lors le paradis de la première jouissance sera donc pour lui à jamais perdu et l'adulte qu'il deviendra, devra essayer de renoncer, ce qui n'est jamais totalement possible.
Marqués par cette première perte, nous vivons tous avec " un manque " car contrairement à cette jouissance première, nos plaisirs ont des limites.
Ce manque jamais comblé totalement, nous sert de moteur pour désirer mais il explique un certain nombre de nos difficultés avec le plaisir.

Nous comprenons que si l'animal trouve son plaisir dans la satisfaction de ses besoins, réglé selon un schéma immuable par l'instinct, chez nous humains, notre accès au plaisir dépend d'un psychisme et d'un corps marqué par notre histoire, le langage et la dépendance à l'autre... soumis à l'inconscient.

Le rapport au sexe, donc à la vie, tout comme la nourriture, est affaire non pas de besoins mais de désirs.
Nous mangeons comme on nous a nourris, nous touchons comme on nous a touchés et éprouvons de même le toucher de l'autre : le corps refuse parfois les caresses de l'autre parce qu'il se souvient de la violence d'un toucher.
Nous sommes dépendants des interdits de notre histoire nous contraignant à une culpabilité sans fin, tout comme des interdits qui auraient dû être posés et qui ne l'ont pas été, nous obligent dès lors à baliser le monde d'interdictions ; à refuser le plaisir par peur de re-sombrer dans le gouffre de l'inceste.

Nous sommes dépendants de nos " modèles identificatoires " : nous accueillons ou refusons le plaisir comme nous avons vu nos parents le faire.
A notre insu, l'enfant en nous règle nos plaisirs alors que nous nous en croyons les maîtres.
Comment devenus adultes, soigner cet enfant qui nous refuse le plaisir comme on lui a refusé ?
Peut être en acceptant simplement qu'il existe et en ne refusant pas de l'écouter ?
Il est là dans notre corps, dans nos mots, nos rêves et détient la clé de tous nos troubles, notamment sexuels.

A ce propos, il n'est pas difficile de constater la ferveur avec laquelle nos contemporains se sont pour ainsi dire rués sur la sexualité, l'angoisse éprouvée devant leurs échecs ou leurs ratés, la fébrilité avec laquelle ils consultent les spécialistes pour se soigner, s'améliorer, maximiser ou optimiser leurs performances en la matière...
Bref, notre culture craindrait-elle en passant à côté de l'expérience du sexe, de rater quelque chose d'absolument essentiel ?
Salut, bonheur ou raison de vivre ? ...comment expliquer que le sexe fasse à ce point l'objet de préoccupations et de conversations sur tous les modes, du badinage mondain aux blagues grossières.

A travers un bon nombre de témoignages, il semble que la banalisation de l'expérience sexuelle soit au centre de nos questionnements, questions fondamentales au sujet de la sexualité, non pas seulement au registre de la morale mais bel et bien au niveau de la signification, de la signification fondamentale.
En effet, dès lors que tout ou presque a été essayé, de tous les moments du quand à toutes les positions du comment, de toutes les variations du où à toutes les combinaisons du (avec) qui, il n'en demeure pas moins, lancinante que la question du pourquoi...

Cette question fondamentale peut expliquer en partie au moins, l'intérêt voire l'engouement de certains de nos contemporains attirés déjà par diverses formes de spiritualités et de pratiques d'inspiration orientale pour certaines d'entre elles où la sexualité trouve une place centrale ou pour le moins occupe une place différente : il s'agit de tous ces courants issus du Tantrisme.

Dans le courant de ces pratiques corporelles, la Sophrologie phénoménologique-existentielle trouve toute son application et seule sa pratique tend, au travers des relaxations dynamiques des 3ème et 4ème degré d'éveiller l'essence de l'énergie.
En effet, la sexualité est avant tout une question d'énergie !
L'énergie c'est la rencontre entre deux pôles comme par exemple celle d'un spermatozoïde et d'un ovule ; c'est une rencontre vivantielle qui crée un phénomène, ce phénomène qui se trouve être une création.
Si la sexualité est un terme souvent chargé de peurs, de souffrances, de traumatismes, elle n'en est pas moins l'expression de l'élan vital qui nous anime, cette source de créativité et donc de plaisirs.
Le 3ème degré inspiré du Zen correspond à la vivance phronique de la rencontre Corps-Esprit.
A ce niveau d'entraînement, le sophronisant va vivre des expériences encore nouvelles par rapport aux relaxations dynamiques du 1er et 2ème degré, en réalisant des alternances de vivances centrées sur un respir solaire, et de vivances ayant pour source un respir sacré.

Je tiens à préciser à ce niveau de déroulement de mon exposé, l'importance du travail sophrologique des premiers degrés par l'intégration du schéma corporel permettant un véritable repérage topologique et donnant ainsi une véritable assise au sentiment d'une identité propre - je suis mon corps ; je vis et ressens mon corps animé- ainsi qu'une intégration spatiale amenant progressivement des sensations internes à une représentation de soi.

La progression du travail sophrologique passe donc d'abord par la perception de soi, puis par la saisie de " son être au monde avec autrui " qui s'achève si l'on peut dire, par une harmonisation entre soi et le cosmos au niveau du 3ème degré.
En effet, la conquête de la respiration sacrée, et la vivance dite de la totalité, en respir sacré, se fait dans la posture d'éveil 3ème degré.

Le sacré correspond d'abord au lieu de centrage de l'acte respiratoire, au niveau abdominal bas plus précisément au regard du plexus sacré, situé dans la profondeur devant le sacrum, l'os sacré, base de la colonne vertébrale.
Diaphragme pelvien, plexus sacré et axe vertébral sacré forment un complexe de très grande importance en ce lieu.
Sur la paroi abdominale antérieure, le mouvement va être senti et perçu en un point situé entre le pubis et le nombril ; de cette localisation, l'activation de l'énergie vitale va se faire par l'entraînement du muscle pubo-coccygien qui est commandé en grande partie par le nerf qui enregistre l'activité des organes sexuels et de l'anus, et qui envoie des signaux au cerveau et en rapporte également.
L'entraînement et l'activation de ce muscle le rend plus fort et devient le plus dispensateur d'énergie, une véritable centrale énergétique pour l'être humain.

De cette attitude de conquête de ce centrage très profond de l'être là, il est possible d'aller plus loin dans l'expérience vécue et de ses retombées existentielles que la vivance initiale des premiers degrés.

La respiration sacrée est l'une des clefs de ce potentiel de découvertes tout à fait nouvelles de la connaissance de soi.
Et ce qui est de l'ordre du sacré dans la connaissance de soi peut être plus intimement approché par l'éveil de la conscience à partir de cette respiration très puissante, de plus en plus totale.
Le sacré est ce qui est au cœur même du monde de la Vie, tout devient sacré dans cette marche en avant...
" Le sacré est le réel par excellence " comme l'indique Mircea Eliade en nous parlant de l'Etre relié.

L'Homme relié a pris conscience d'une chose essentielle, qui est l'existence d'un monde authentiquement habité, c'est-à-dire un " espace sacré ", le Corps.
Par rapport à l'espace profane, mal connu, chaotique, sans forme, l'expérience de l'espace sacré permet de fonder le monde à partir d'un point d'ancrage, d'un centre.
Le sophronisant est un être en relation intime avec lui-même, un être qui se relie et dont l'intentionnalité est de se relier.
La pratique phénoménologique de la sophrologie affine en quelque sorte cet art du contact, contact avec soi-même, avec ses désirs,ses besoins, ses peurs, ses souffrances ; contact avec les autres dans son redéploiement affectif, relationnel, professionnel... et contact enfin avec l'environnement, la société.
Ce centrage-ce contact très profond en soi naît de l'alternance entre ce mouvement de la respiration solaire et de la respiration sacrée.

De ce vécu se crée un processus d'intégration que Caycedo appelle " vivance d'intégration " permettant et facilitant de grands mouvements de la conscience.
Cet évènement énergétique, ne peut il être associé à des sensations orgasmiques, proche de l'extase, ne dépendant plus de l'interaction génitale ?
Ces sensations sont souvent perçues comme un état modifié de la conscience, une expérience d'identité profonde avec soi même.
Une telle expérience est fait d'une émergence, dans le champ du réel, de l'authentique et du global, caractéristique de la " vivance de la totalité ".

Si au niveau physique, cette énergie s'exprime dans l'activité sexuelle, au niveau du système nerveux, du cerveau, cette énergie est perçue en tant que passage, pallier voire une porte qui s'ouvre.
Le 3ème degré engage en fait l'individu dans une dimension transcendantale, vers la saisie d'une conscience pure, région de l'être.

L'ensemble du travail sophrologique permet à l'individu de se réapproprier son corps propre, " démantelé de ses zones de blocage " afin d'installer un vécu interne plus harmonieux ;
de s'expérimenter dans une conscience illimitée, alors que le corps est limité. Conscience extériorisée, si peu limitée dans l'espace, illimitée dans le temps, avec des sentiments de liberté absolue, d'infini, d'éternité porté par l'évolution et le développement des organes des sens.
Si l'amour est un échange d'informations entre deux corps, il exige la réciprocité : chaque espace -corps étant constitué de signaux émis par le corps de l'autre. Ces informations parviennent en l'occurrence à l'odorat, à l'ouïe et à la vue.
Cette expérience nouvelle de soi, du corps suppose que tout un chacun va pouvoir accéder à un mieux être en soi, accéder à sa véritable source de plaisir qu'il porte en lui.
La relaxation aide au réinvestissement positif, au développement d'un espace interne sécurisant.

Etre à l'aise dans son corps, " bien dans sa peau ", c'est encore pouvoir engager des relations satisfaisantes avec autrui.
Relations qui peuvent déboucher sur l'état amoureux : être amoureux, un état qui peut durer une heure ou une éternité !
Le comportement sexuel n'est que la partie émergée de ce qu'appelle Jean-Didier Vincent " cet iceberg " de chimie et d'imaginaire.
L'amour ne se réduit pas à une gymnastique copulatoire et à quelques grimaces et parades préliminaires :L'état amoureux suppose 3 dimensions : le corporel, l'extracorporel et le temporel.

Etre amoureux exige la présence réelle ou imaginée de l'autre en tant qu'objet de désir au sein de l'espace extracorporel.
Paradoxe de l'amour, ce même objet de désir est lui-même constitué d'un état dit central, autrement dit l'espace extracorporel de l'un est occupé par l'espace corporel de l'autre : l'autre n'est pas indifférent.
L'amour exige une réciprocité et le désir de l'un est fonction du désir de l'autre.
Cet autre avec lequel je vais pouvoir donner, recevoir, ressentir du plaisir certes, du point de vue charnel et avec son lot de bouleversements internes, et plus précisément chimiques, hormonaux jusqu'au fonctionnement du système nerveux central mais avec lequel je vais pouvoir partager et exprimer toute cette énergie créatrice de vie.

Même si l'essentiel du désir sexuel se passe à l'intérieur du corps par le jeu des hormones, ce dernier n'en est pas pour autant totalement tributaire.
Le désir est universel et lié au bon fonctionnement à l'intérieur du cerveau, de systèmes désirants dont la sexualité n'est qu'un des accomplissements.
Enfin, l'appareil sexuel lui-même ne représente pas une composante indispensable de l'état amoureux :
L'homme grâce à son cerveau a appris à faire l'amour sans ses organes génitaux, en transformant l'amour de l'autre en un amour transcendantal !

Au risque de me contredire concernant mes propos du début de mon intervention, à propos du sacré, qui relève du secret et donc de l'intime, mais en marge de ma visée de vous faire partager certains témoignages de ces pratiques, voici quelques vivances qui m'ont été délivrées et que je vous livre en vous souhaitant sans à priori, ni interprétation ni jugement:

" Pendant la stimulation, apparition de petites étincelles, de petites lumières voire d'un feu dans une tour.

Sensation d'ouverture au niveau de la tête, de la fontanelle...sensations de coulée le long des bras et des mains...comme un flux continu.
Sensations de picotements et de lourdeur lors du relâchement des mains pour reprendre la posture de détente.

Perception d'une lumière blanche au centre du 1er système... apparition d'une planète avec sa circonférence lumineuse en mouvement...une lumière qui se relie entre le 1er et 5ème système... apparition d'un visage lumineux comme pirelisé...perception de la forme du crâne comme pointu.

Perception de la consciente enveloppante avec une énergie à fleur de peau sur tout le corps...avec une auréole au dessus du crâne...alternance de fraîcheur sur la peau et chaleur sous la peau...

Couleur jaune et violette qui me transporte...remise au monde avec un sentiment de présence calme, sereine, voluptueuse et sentiment de liberté.

Sensation de vagues, dans la zone en mouvement, de la zone sacrée en remontant jusqu'au coccyx, sacrum...sentiment de félicité dans tout le corps...
Perception du bassin, petit bassin dans la forme... intensité de la gravitation dans toute la zone avec une sensation d'un espace libre, rempli d'un tourbillon de molécules... "

Je terminerai mon propos en disant qu'il nous faut envisager que les conceptualisations " sexuelles " concernent toutes les innombrables réalisations de l'imaginaire et de l'intellect humain qui se rattache à la notion de sexualité.

Par conséquent, la sexualité apparaît ainsi comme plurielle - comme la sophrologie !- protéiforme et exubérante.
Le singulier ne peut donc rendre compte de toutes ces diversités : pour l'homo sapiens sapiens que nous sommes, il semble donc plus approprié de parler de " sexualités humaines ".

De part le travail sur le corps pratiqué en sophro-thérapie, les relaxations dynamiques vont permettre à chacun de nous de renforcer ce lien entre le corps et l'esprit, et d'éveiller ainsi un nouvel état d'être, un état amoureux.

Un état d'ouverture à soi et d'ouverture aux autres, au monde : c'est ce que nous appelons nous sophrologues, la Présence.

Dans l'entraînement sophrologique, la visée est de trouver son être véritable, l'objet réel de la recherche de toute une vie.
C'est le fait d'atteindre la joie et le but de la vie, de s'éveiller en sortant du rêve du vide et de la séparation.

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