Focus sur : le lien d’attachement
Le lien d’attachement est un concept créé et popularisé par John Bowlby à la suite d’une expérience menée sur des nourrissons en Hongrie. Il montre comment cette expérience, cruelle, met en évidence l’importance du lien d’attachement comme condition de survie du nourrisson, plus décisive même que la nourriture. Dès sa naissance, l’enfant est biologiquement programmé pour rechercher la proximité d’une personne qui saura répondre à sa détresse. Aujourd’hui, plus largement, le lien d’attachement renvoie à la manière précoce dont les liens d’amour et de sécurité se sont tissés entre l’enfant et l’adulte censé prendre soin de lui. Les réponses fiables et répétées dans le temps vont permettre à l’enfant de construire les bases d’un lien d’attachement solide.
Plus l’attachement sera dit « sécure », plus l’adulte pourra ensuite nouer des liens solides avec le monde qui l’entoure, de nature à renforcer et nourrir son estime et sa confiance en lui. Ainsi, on peut mesurer l’importance de ce lien et l’enjeu de sa « réparation » quand c’est nécessaire, et ce à tous les âges de la vie. Travailler sur le lien d’attachement peut se révéler être un levier puissant pour l’évolution de la personne, notamment en lui permettant de sortir de schémas relationnels répétitifs et parfois même destructeurs. Aborder la multiplicité des formes qu’une telle réparation convoque, et la manière dont la sophrologie entre autres spécialités peut y travailler, a précisément été l’objet du 55e congrès de sophrologie qui s’est déroulé les 6 et 7 décembre 2025.
La puissance singulière de la sophrologie est liée à l’utilisation de pratiques corporelles qui vont pouvoir petit à petit créer un passage quand le psychisme a préféré « éteindre » la mémoire traumatique, la passant sous silence. Le corps peut alors être considéré comme « la porte d’entrée de la reconnexion émotionnelle » nous explique Michèle Freud. Le travail sur le corps et le vécu corporel permet de (re)construire le socle de stabilité sur lequel la confiance va pouvoir petit à petit s’établir. Les expériences vécues au fur et à mesure des pratiques vont enrichir progressivement les souvenirs qui peuvent revenir dans cet espace sécurisé et contenant d’un corps confiant et dans l’étayage sécurisant du cadre thérapeutique. Le lien construit avec soi-même et le sophrologue ou thérapeute sont sans aucun doute d’une grande importance pour revisiter ces liens d’attachement et les faire évoluer de la manière la plus ajustée qui soit pour chaque personne. Par exemple, l’enfant expérimente qu’il peut ressentir une émotion avec beaucoup de violence comme la colère, la mettre à distance tout en restant attaché. Il n’est pas obligé de choisir.
Cependant, sur un plan plus large, le risque avec une telle lecture serait de figer la personne dans une catégorie liée au type d’attachement préalablement identifié, un peu comme si celui-ci était un destin : attachement anxieux, désorganisé… Mais la carte n’est pas le territoire, et la typologie des liens d’attachement au regard d’un travail en sophrologie met en évidence l’importance du processus et de la dynamique à l’œuvre dans ces liens qui vont se tisser, s’étayer et évoluer tout au long de la vie.
Car, en effet, le lien d’attachement s’inscrit dans un temps, celui de l’histoire personnelle mais aussi plus largement dans le contexte culturel dont est issue la personne. Il s’enracine également dans un espace géographique, aux visages et aux aspects multiples, qui tous ensemble construisent le sentiment d’appartenance avec lequel le lien d’attachement entre en résonance. Ces deux piliers-racines, temps et espace, peuvent être brutalement arrachés à la suite d’événements dramatiques. Comment la sophrologie peut-elle amener des demandeurs d’asile à retrouver un équilibre de vie et des attaches plus solides ? L’expérience vécue comme sophrologue par Sandrine Saraillé dans son association « Famille au grand cœur » est très éclairante à ce sujet : « Le lien d’attachement est ce qui nous tient debout quand tout s’effondre ». En témoignent également les paroles émouvantes recueillies au cours des phénodescriptions : « Quand je respire, j’ai moins peur », « Quand je te parle, c’est comme si j’existais un tout petit peu ». La relation qui existe dans l’alliance permet à la personne de se réapproprier son corps et plus encore de se sentir exister en tant qu’individu incarné dans le regard d’un autre non jugeant. C’est parce que l’autre reconnaît mon existence et ma conscience que je peux y accéder en sécurité.
par Sophie SCHANG
Sophrologue, sophrothérapeute,
Membre du CA de la SFS




