Si j’étais...
avec Laurence Mialaret
Dans la continuité des rubriques Les sens de mon livre et de Ce qui me meut, “Si j’étais” est notre nouvelle rubrique conçue et animée par Marcella.
Qui d’entre nous n’a jamais joué à se demander Si j’étais ceci ou si j’étais cela ? Ce jeu d’expression qui consiste à faire des analogies entre les caractéristiques d’une personne et celle des choses évoquées, permet de se décrire de manière poétique et ludique, en utilisant à la fois son expérience et son imagination.
Sophrologue, Présidente des Centres de Gestion du Stress
Si j’étais une prise de conscience
Je serais une respiration qui se révèle d’un coup, comme si l’air lui-même avait décidé d’exister autrement. Un souffle neuf, discret mais irrésistible, qui invite le corps à se souvenir qu’il est vivant.
Je serais ce moment fragile et précieux où tout bascule : le cœur bat différemment, le souffle s’allonge, et dans cette dilatation, l’évidence surgit comme une lumière qu’on ne peut plus ignorer.
Je serais le silence plus dense que mille vacarmes, l’instant où l’on cesse de chercher, parce qu’on découvre que tout est déjà là, posé, présent.
Je serais une présence douce, jamais brutale, qui déplace les frontières du « je dois » vers l’espace élargi du «je suis».
Je serais le battement subtil où la vie se synchronise, où l’attente se dissout et où chaque cellule reprend son tempo originel.
Je serais ce point de bascule fragile où le corps murmure une vérité que la tête ne savait pas formuler.
Un pas de côté, et soudain, le monde prend un autre visage. Rien n’a changé, et pourtant tout est différent.
Si j’étais une devise
« La profondeur n’empêche pas la légèreté »
Parce qu’il existe une puissance tranquille dans l’art de ne pas se charger inutilement.
On peut plonger dans les questions essentielles, toucher le mystère de l’existence, sans perdre la grâce d’un sourire ou la souplesse d’un pas.
Être sérieux n’oblige pas à se prendre au sérieux. Méditer n’exige pas de se figer. Réfléchir n’impose pas de se durcir.
La vraie force naît souvent de la fluidité, comme l’eau qui contourne l’obstacle au lieu de le briser.
Danser au bord du gouffre n’est pas une imprudence, mais une sagesse : c’est se rappeler que l’abîme existe, mais que la vie se trouve dans le mouvement.
Une stratégie de survie, mais surtout un art de rester vivant, libre, disponible.
Car au bout du compte, ce qui demeure, ce qui sauve et ce qui élève, c’est la liberté intérieure.
Légère, mais indestructible.
Si j’étais quelque chose à ne jamais oublier
Il y a tant de choses à ne pas oublier …
Ne jamais oublier que ralentir n’est pas perdre du temps : c’est en retrouver la texture, le goût, la couleur. Dans le ralentissement, la vie reprend ses contours, et l’instant cesse de filer entre les doigts.
Ne jamais oublier qu’un silence, placé au bon endroit, a le pouvoir de restaurer une relation mieux que mille discours convenus. Le silence n’est pas un vide : il est une lumière, une respiration offerte à l’autre.
Ne jamais oublier que l’essentiel se cache rarement dans ce qui brille ou ce qui s’exhibe. Il vit dans ce qui respire, dans les gestes minuscules, dans les évidences si proches qu’on ne les voit plus.
Ne jamais oublier que la respiration est le luxe universel. Elle ne s’achète pas, elle ne s’accumule pas, elle ne s’offre qu’au présent. C’est la seule richesse qu’aucune main ne peut nous dérober.
Ne jamais oublier que le temps ne nous appartient pas. Mais il se laisse apprivoiser si l’on consent à l’écouter, à danser avec lui plutôt que de le contraindre.
Si j’étais un métier inventé
Je serais peintre d’instants invisibles …
Une artisane du temps qui dessine l’éphémère …
Je poserais sur la toile la densité d’une seconde apparemment ordinaire : ce bref moment où l’air s’épaissit, où la lumière change imperceptiblement, où l’on s’aperçoit que la vie se tient là, en suspens.
Je peindrais l’air comme une matière souple, comme le battement discret d’une main posée sur le coeur, pour sentir le passage silencieux du souffle entre les couleurs.
Ce serait un métier inutile pour le commerce — nous ne saurions monnayer la beauté d’un soupir ou la grâce d’un silence partagé. Mais de l’art vital pour les humains, qui parfois oublient qu’ils sont vivants.
Un métier sans diplôme, mais avec une exigence rare : celle d’une présence radicale, entière …
Un métier qui ne produit rien de tangible, mais qui change tout.
Si j’étais une audace
Je serais celle de dire « je ne sais pas » dans un monde obsédé par les réponses immédiates. Une audace minuscule en apparence, mais qui fissure la tyrannie du prêt-à-penser.
Je serais l’audace de me taire quand tout le monde parle, de laisser le silence résonner et révéler ce que l’absence de bruit a à enseigner. Car parfois, c’est le vide qui contient le plus de réponses.
Je serais l’audace de montrer ma fragilité, non comme une faille à réparer, mais comme une force à proposer. Une nudité intérieure qui ne demande rien, si ce n’est d’être reçue telle qu’elle est.
Je serais l’audace de rire quand rien ne s’y prête, de refuser les scénarios écrits d’avance, d’interrompre la logique des évidences par une étincelle inattendue.
Je serais l’audace de ne pas répondre comme prévu, d’accepter l’inconfort de l’inachevé, d’oser dire encore et encore : « je ne sais pas » — et laisser le vide, lui, prendre la parole.
Si j’étais un objet utile et beau
Je serais un sablier — mais pas un sablier docile. Le sable n’y coulerait qu’à la demande, comme s’il fallait d’abord un consentement intérieur pour que le temps reprenne son cours.
Je serais cet objet silencieux, à la fois ancestral et contemporain : vestige des anciens et promesse des modernes. Une présence discrète qui rappelle que le temps ne nous appartient pas, mais qu’il se laisse parfois apprivoiser, comme un animal sauvage.
Utile, car je mesure. Mais beau, car je m’offre à l’inutile : regarder le sable s’écouler, contempler l’attente, se laisser ralentir par une chute minuscule et régulière.
Je ne livrerais aucune certitude. J’inviterais plutôt à la question : qu’est-ce qui s’écoule vraiment — le sable, le temps, ou soi-même ?
Je serais fragile et solide à la fois : le verre peut se briser au moindre choc, mais l’idée qu’il incarne résiste à tout.
Compagnon discret de toutes les traversées intérieures, je serais un rappel permanent : la beauté n’est pas dans l’accumulation du temps, mais dans l’art de le regarder passer.
Petit bonus : Si cela vous amuse, vous pourrez après lecture de l’interview, jouer le jeu en répondant aux 6 “Si j’étais”. Envoyez-nous votre texte à l’adresse mail info@sophrologie-francaise.com.
Nous ferons paraître régulièrement dans nos newsletters, les “Si j’étais” qui nous ont paru les plus émouvants, les plus cocasses ou les plus beaux.




